Critique ciné du 13 Octobre 2014

Gone Girl :

Le jour de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne (Ben Affleck) découvre que sa femme, Amy (Rosamund Pike), a disparu. Police et médias prennent l’affaire en main, laissant Nick dans le doute le plus complet…

Voici le retour de David Fincher derrière la caméra avec Gone Girl et sa belle affiche emplie de mystère. À son habitude, le réalisateur de Fight Club, Seven ou encore Zodiac revient avec un thriller sous haute tension, où les apparences restent trompeuses. Le scénario, adapté par Gillian Flynn de son propre livre Les Apparences, est bien ficelé, renouant avec les bons thrillers à l’ancienne qui commençaient franchement à nous manquer ces derniers temps. Une véritable psychologie est conférée aux deux personnages principaux, sans jamais trop en livrer pour garder le suspense entier. Fincher montre instelligemment la réaction de la population face à ce genre d’affaires, l’ébullition presque perverse régnante autour de la disparition d’Amy, et quel rôle jouent les médias au sein de l’opinion publique. L’humour est présent lui aussi, parfois grinçant sur la relation de couple, et libérant le film de l’esprit classique d’un simple thriller psychologique. La réalisation couplée à un montage précis procurent à ce film une atmosphère particulière, voguant entre chasse au trésor étrange et souvenirs troubles du couple. Un climat s’installe donc dans la salle… le spectateur est captivé. Ajoutez à cela une performance extraordinaire de Rosamund Pike, à vous glacer le sang, et vous avez ici tous les éléments censés vous convaincre. De son côté, Neil Patrick Harris propose quelque chose de tout à fait correct. Quand à la dernière séquence et au cut final, il font partie des côtés vraiment surprenants de ce film.
Néanmoins, quelque chose cloche dans ce Gone Girl… On sort de la salle en ayant apprécié le film, sans toutefois avoir été réellement bousculés par ce qu’on a vu. Si Ben Affleck joue parfaitement le mari dépassé par les évènements, son jeu d’acteur, voire même son personnage, s’épuisent au fur et à mesure que la fin approche. Fincher est très bon conteur, certes, mais semble toucher du bout des doigts le sujet sans jamais creuser totalement chaque point intéressant ou chaque personnage (la sœur, l’avocat, etc…) pouvant apporter un plus à ce film. Chez Hitchcock, pleins de petits détails subtils alimentent le propos… Ici tout semble trop exposé pour émettre le moindre doute ou nous faire cogiter sur le sens de chaque plan. La passion du détail et les vraies personnalités de Seven ou Zodiac ont laissé place à une forme plus lancinante. N’oublions pas non plus de parler de cette manie qu’a pris le cinéaste de constamment sous-exposer ses films depuis son adaptation de Millénium ! C’est ça la nouvelle patte Fincher ? Pas besoin de ça pour faire un bon thriller, il a su nous le prouver par le passé. Ce serait pas mal de pouvoir enfin entrevoir les personnages autrement qu’à travers des abats-jours couleur taupe.

Gone Girl est un thriller bien écrit, parfois acide, maîtrisé au millimètre, et porté par la remarquable Rosamund Pike. Maîtrisé oui, mais peut-être un peu trop justement. L’esprit trop lisse du film et de ses différents personnages ne nous emportent pas vers quelque chose de plus fort, de plus torturé, comme l’ont pu être ses précédents films. Fincher pouvait pourtant prétendre à cela et c’est d’ailleurs ce qu’on attendait… mais encore faut-il avoir le punch pour le faire. En tout cas, le film ne tient pas toutes ses promesses. Fincher a-t-il perdu de sa fougue ou bien Gone Girl manque-t-il cruellement de passion ? Réponse au prochain film…

Note Be French : 14/20

M.M.

Critique Ciné du 11 Octobre 2014

Mommy :

Après un incident terrible survenu dans un centre spécialisé, Diane Després (Anne Dorval) doit récupérer la garde de son fils Steve (Antoine-Olivier Pilon), adolescent impulsif et violent depuis la mort de son père. Face aux nombreuses difficultés, mère et fils vont devoir unir leur force pour tenter de s’en sortir et vivre la vie qu’ils espèrent…

Après J’ai tué ma mère, Laurence Anyways ou encore Tom à la Ferme plus récemment, le jeune prodige du cinéma canadien revient avec son nouveau film : Mommy. Face à toute la médiatisation qui suivit son intronisation au festival de Cannes 2014 (Prix du Jury), on pouvait craindre une certaine déception à la sortie de ce film. Les premières minutes balbutient un peu, Dolan répète les codes habituels d’une réalisation de clip et nous bourre le crâne du titre White Flag de Dido. Mais petit à petit, quelque chose se crée… La relation entre la mère et son enfant s’installe progressivement, tantôt dans la joie et la tendresse, tantôt dans une violence indescriptible, et le spectateur se retrouve totalement absorbé par cette histoire d’amour hors du commun. Xavier Dolan nous livre un film touchant, intense, poétique, ultra-personnel, et dont les astuces de réalisation émerveillent totalement notre oeil captivé et ému. Le format 1:1, qui peut surprendre aux premiers abords, est une grande réussite : elle enferme les personnages dans une existence fugace et dirige l’attention du public vers le concret. Les gros plans permettent eux aussi de donner à ce couple mère-fils une proximité particulière, parfois même incestueuse, mais surtout avec toute la puissance d’un amour mutuel. Mais dans le combat existe toujours l’espérance, et l’écran s’élargit ou se rétrécit en fonction des espoirs, de l’optimisme des personnages ou en fonction de l’assombrissement de leur avenir. Si l’absence du père est à la base de tout, Dolan prouve que l’équilibre et la liberté sont possibles grâce à l’amour, quelque soit la forme qu’il prend. Les personnalités masculines se retrouvent donc totalement insignifiantes vis à vis des enjeux exposés ici et le personnage de Kyla apporte justement ce qu’il manquait à Diane et Steve. Le jeune cinéaste nous offre d’ailleurs des séquences terribles, d’une rare justesse technique, où le monde extérieur (et notamment la famille de Kyla) se retrouve totalement effacé au détriment de cette relation mère-fils-Kyla. Même lorsqu’on croit que les ficelles sont un peu grosses et faciles, Mommy nous surprend par toutes sortes de tourbillonnements scénaristiques. Mais rassurez vous ! Ce film n’est pas uniquement très dur… On rit aussi beaucoup, et c’est d’ailleurs cela qui fait sa grande force. Antoine-Olivier Pilon est juste incroyable, tant dans le registre dramatique que comique, transposant son personnage d’un effet comique hilarant à une colère d’une intensité prodigieuse. Anne Dorval et Suzanne Clément, piliers de cette histoire, sont elles aussi d’une justesse extraordinaire ! On retrouve avec plaisir Patrick Huard, popularisé en France par son rôle dans la comédie Starbuck. Côté BO, le film est rempli de morceaux très marqués années 90, amplifiant ainsi le côté intimiste et confidentiel voulu par Dolan dans ce film.

Mommy est un véritable bijou, on rit, on pleure, on réfléchit… Bref, on vit. La réalisation est intelligente, l’écriture très pertinente et le sujet d’une force indiscutable. À aucun moment nos sentiments se relâchent, et c’est pour des émotions comme celles-ci que le cinéma existe. Un grand film, d’une maturité étonnante pour un réalisateur de 25 ans, et surtout bien parti pour obtenir l’Oscar du meilleur film étranger ! Dolan vise et fait mouche en plein cœur…

Note Be French : 17/20

M.M.