Critique ciné du 26 Août 2014

The Expendables 3 :

Lors d’une mission en Somalie, Barney Ross (Sylvester Stallone) et ses Expendables tombent nez à nez avec une vieille connaissance qu’ils croyaient pourtant morte : Conrad Stonebanks (Mel Gibson). Barney va donc chercher à supprimer Stonebanks. Pour se faire, une révolution a lieu aux seins des Expendables…

Les amateurs de bourrinage et d’explosions vont être ravis, voici le retour des Expendables ! Alors qu’en 2010 Sylvester Stallone réjouissait tout le monde en réunissant la crème des action-men dans un film enjoué à la sauce Tintin chez les Picaros, le second opus nous livrait une piètre copie lourdingue en référence et surtout mal réalisée. Alors que faut-il attendre de ce troisième volet ? Au moins une bonne nouvelle, l’action revient sur le devant de la scène et remplace les « yipikaï » et autres « I’ll be back » sur-utilisés. Des les premières scènes, le spectacle est au rendez-vous. Même si la scène d’intro apparaît plus comme une sorte de scène d’exposition, on ne peut pas reprocher à ce film de ne pas nous montrer ce que nous sommes venus voir. Stallone et sa bande n’y vont pas de main morte et ça pète dans tous les sens ! Les scènes de corps à corps sont particulièrement bien réussies par Patrick Hughes, sans doutes bien aidé par les recrues issues de la MMA (Mixed Martial Arts) et du Free Fight.
Mais c’est lorsque le film cherche à devenir plus subtile que le bas blesse… Les gros bras de The Expendables 3 s’avèrent aussi propres que le héros d’Assassin’s Creed (à défaut d’avoir la même discrétion). En effet, pas une seule goûte de sang et pourtant une ribambelle d’assassinats ! Donc quand ce sont des scènes d’explosion, ça va… c’est lorsqu’il y a des fusillades ou des combats à la machette que cela devient vite problématique ! Sans parler de la vivacité des ennemis face auxquels se retrouvent les Expendables : on a parfois l’impression d’assister à une partie de Call of Duty à un niveau débutant, où l’ennemi se rue vers toi en oubliant de dégainer son arme. Donc soit on choisit une violence explicite utile (à la Django Unchained, par exemple), ou bien on choisit une violence lisse et bien mise en scène (à la James Bond), mais on ne peut pas se permettre d’entre-deux dans une si grosse production ! Les quelques scènes où des motos ou des hélicoptères sont utilisés n’apportent pas grand chose, si ce n’est l’exhibition du talent de quelques cascadeurs. Or, le véritable film d’action ne se résume pas à ça ! La démonstration doit être implicite et très subtile, comme si nous étions plongés dans le bain et non spectateurs d’une attraction. Les décors et images de synthèse un peu «cheap » s’avèrent aussi être un gros problème dans ce film. Côté scénario, on fait dans le classique. Pour un troisième volet, on s’attendait peut-être à quelque chose de plus audacieux que le chemin habituel suivi par n’importe quel film d’action. Si Stallone a voulu intégrer à son histoire une notion de renouvellement des générations, cette dernière s’avère être un peu en décalage avec l’esprit initial des Expendables. Dommage car l’idée de montrer que le cinéma d’action a considérablement évolué depuis 30 ans était bonne, mais le choix des acteurs n’apporte pas le second degré suffisant pour donner au film cette touche amusante. De plus, si les références abusées ont été mises de côté, les quelques blagues présentes paraissent un peu poussives.
Mais que serait the Expendables sans sa pléiade d’acteurs ? On peut avant tout noter que les présences de Schwarzenegger et Jet Li ne se résument plus qu’à de simples caméos. Toutefois, Harrisson Ford est là pour prendre la relève. Ce n’est sûrement pas son plus grand rôle, mais il prouve encore une fois toute la force de son jeu d’acteur. Le personnage d’Antonio Banderas est clairement un plus pour le film : c’est d’ailleurs lui qui amène les meilleures vannes du film, survolant de son second degré l’ambiance un peu pesante qui règne autour de ce troisième opus. Quand à Mel Gibson, il campe le même rôle de méchant que dans le décevant Machete Kills. De son côté, Patrick Hughes s’amuse à filmer la gueule amochée de Stallone en soulignant élégamment, par le biais d’éclairages édulcorés, le contraste entre le mythe et l’authentique. Si le jeune réalisateur pêche sur certains points, il prouve quelques fois qu’il est capable de choses intéressantes (notamment lorsqu’il filme sur décors réels).

Dans leur quête visant à contrer les héros Marvel et DC en remettant au goût du jour les gloires passées du cinéma d’action, les Expendables ont encore du chemin à faire. Si ce troisième volet fait place au vrai retour de l’action, il manque encore un scénariste inspiré et un vrai maître de la post-production pour totalement convaincre. Avec les moyens qui lui sont donnés, voire même imposés, Patrick Hughes tente timidement de montrer ses talents. Heureusement que le nouveau trio Snipes/Ford/Banderas (surtout Banderas) porte le projet à bout de bras, via leurs personnages originaux. Malgré tout, c’est insuffisant et the Expendables 3 s’avère être un film vraiment moyen…

Note Be French : 10/20

M.M.

Critique Ciné du 15 Août 2014

The Double :

Introverti et ignoré au travail, Simon (Jesse Eisenberg) essaie tant bien que mal de prendre son existence en main afin de conquérir Hannah (Mia Wasikowska), une collègue de travail dont il est amoureux. Un beau jour, il découvre qu’un nouveau vient d’arriver au bureau. Il s’appelle James, tout lui réussit dans la vie, et ce dernier s’avère être son parfait sosie…

Après Submarine, Richard Ayoade revient avec son deuxième film, the Double, adapté du texte éponyme de Dostoïevski. Comme il y a 3 ans, le jeune réalisateur propose un film hors du commun, très marqué indé et au sujet étonnant. Dans ce thriller psychologique, le personnage de Simon doit faire face à un double plus entreprenant qui s’approprie petit à petit son identité. Métaphore sur la solitude et le manque de confiance en soit, Ayoade transporte ses personnages dans un univers Kafkaïen (proche de celle du Procès réalisé par Orson Welles), mêlé à la schizophrénie des films de Polanski et aux décors loufoques et vintage de Michel Gondry. Avec une mise en scène minimaliste mais efficace, The Double captive le spectateur et l’emporte dans cette histoire à la fois triste et poétique. Une part d’humour noir et de grotesque (mauvaises séries à la télévision, musique asiatique dans le jukebox etc…) viennent ajouter une touche de fantaisie. Mais le gros avantage de ce film reste surtout son scénario ! Il faut dire que sa base solide inspirée du texte de Dostoïevski nous propose quelque chose d’un peu plus attirant que ce qu’on peut nous pondre ces derniers temps au cinéma. Les jeux de lumière et les zones d’ombre sont vraiment bien calibrées et Ayoade utilise vraiment tous les codes à sa disposition afin de basculer vers l’étrange et le fantastique. Côté acteurs, Jesse Eisenberg livre une fois de plus une partition vraiment étonnante et Mia Wasikowska nous illumine toujours autant de son charme et de son talent. On retrouve aussi avec plaisir Graig Roberts, Yasmine Paige ou encore Noah Taylor, déjà présents dans Submarine.
Si the Double ne manque clairement pas de mérite, certains points lassent un peu. Lorsque le concept de la fable identitaire est assimilé par le spectateur, des longueurs se font sentir et le film semble quelque fois tourner en rond. Il en est de même pour la réalisation : si Ayoade a commencé par réaliser les clips des Arctic Monkeys et de Vampire Weekend, cela se ressent à sa façon d’ajouter certains effets récurrents sans la moindre nécessité, au point même que ceci finisse par ressembler à une sorte d’exercice de style. Si la fin est louable dans l’esprit, elle reste toutefois un peu convenue pour un spectateur avisé…

En clair, The Double est un film étonnant porté par un duo d’acteur absolument incroyable, mais dont certaines séquences sinueuses en terme de réalisation ou de suspens empêchent ce dernier de vraiment convaincre. S’il touche le spectateur, le côté un peu « pop » de the Double l’empêche d’être à la hauteur de ses ambitions. Pas encore le film de la confirmation pour Ayoade, même s’il n’en est clairement pas loin…

Note Be French : 14/20

M.M.